J'ai débuté le Human Beatbox en 2007. À cette époque, notre art était, et reste, profondément ancré dans la culture Hip-Hop : une transmission orale, organique, qui se vit lors des rencontres et des jams.
J'ai eu la chance d'arriver à une période charnière et de recevoir l'enseignement des "anciens", comme K1k ou l'équipe d'Art Hifis, véritables pionniers. Mais c'est surtout au sein de ma propre famille artistique, la Team Paname, que j'ai grandi. Nous avons appris conjointement, exploré et progressé ensemble avec des figures comme K.I.M., champion de France et partenaire de la première heure. C'est ici qu'est née ma volonté de "rendre" ce qu'on m'avait appris. C'est le fondement même du projet Le Svendro : le partage.
Avec l'essor d'Internet, le beatbox a évolué et la demande de transmission a explosé. Mais je me suis vite heurté à un mur : on ne peut pas enseigner au grand public, des enfants aux séniors, en passant par des personnes ne parlant pas la langue, comme on le fait entre initiés. Il a fallu déconstruire les mythes et casser certaines habitudes de l'apprentissage "sur le tas".
S'est alors posée la question de la pertinence de l'écrit. Est-ce qu'utiliser l'alphabet pour décrire des sons est vraiment efficace ? Est-ce qu'écrire "Pblrrr" pour représenter une basse labiale aide vraiment l'élève à comprendre ce qu'il doit faire de ses lèvres ?
La réponse était non. Il nous fallait un support précis. C'est là qu'est intervenu Vocal Grammatics, un système co-créé par Andro et Adrien Contesse, fruit d'un long travail pour prioriser l'essentiel : la mécanique pure du son plutôt que son imitation approximative.
Au-delà de la technique, ma méthode réintègre une valeur pilier du Hip-Hop : la performance. J'ai réalisé que le développement d'un art est indissociable du développement personnel. Se produire devant un public, oser utiliser sa voix, c'est travailler l'estime de soi. J'utilise la scène et la mise en situation non pas comme une finalité, mais comme un outil pédagogique pour débloquer l'apprentissage et la confiance.
Aujourd'hui, après une décennie de questionnements quotidiens et d'expérimentations sur le terrain, je suis fier de dire que je commence à mettre le doigt sur quelque chose d'intéressant.
Cette méthode, je l'ai éprouvée partout : en ateliers scolaires, auprès de chorales traditionnelles, en cours du soir pour adultes ou dans des centres d'accueil pour migrants (CADA), où le rythme dépasse la barrière de la langue. C'est, je l'espère, le début d'une pédagogie universelle qui lie la rigueur anatomique au plaisir brut de la musique.
L'alphabet classique (A, B, C...) est arbitraire : il n'y a aucune raison logique pour que la lettre "P" ressemble à la forme qu'elle a. Elle ne nous dit rien sur comment la prononcer. Le Beatbox, lui, explore des sonorités que l'alphabet ne peut pas transcrire (clicks, aspirations, glottiques, vibrations).
Vocal Grammatics est né d'un constat simple : pour apprendre, il faut comprendre ce qu'il se passe à l'intérieur.
Basé sur la phonétique articulatoire : Contrairement à une lettre, chaque glyphe (symbole) de notre système est un schéma simplifié de l'appareil phonatoire.
Une logique anatomique : Le symbole vous montre où placer la langue, les lèvres, et comment gérer le souffle.
Exhaustif : Ce système a été développé pour couvrir 100% du spectre sonore du Human Beatbox, là où l'orthophonie classique s'arrête souvent aux sons du langage parlé.
Pour comprendre la puissance du système, prenons le son le plus fondamental du beatbox : la Grosse Caisse (ou Kick).
Dans le système Vocal Grammatics, le symbole du Kick ne se contente pas de dire "fais un P". Il illustre l'action mécanique :
L'action : C'est une plosive bilabiale.
Le symbole "X": Il représente visuellement une explosion, l'énergie utilisé ici étant l'air.
Le résultat pédagogique : L'élève ne cherche pas qu'à imiter un son à l'oreille, il cherche à reproduire une mécanique physique visualisée par le symbole. La correction est immédiate.
Ce système n'est pas un simple outil graphique. Il est le fruit de plusieurs années de recherche et de développement en collaboration entre Andro du Svendro et le designer Adrien Contesse.
Ils ont ainsi décortiqués, analysés et classifiés chaque son pour créer une grammaire universelle. Cette rigueur scientifique permet aujourd'hui d'utiliser Vocal Grammatics bien au-delà de la musique : c'est un outil de remédiation cognitive et motrice. Il permet de contourner les troubles du langage en passant par le canal visuel.
Co-réalisé par Philippine Mignot et Svent.
Pour témoigner de cette rencontre entre art urbain et soin, j'ai co-réalisé le documentaire Beatbox Therapy. Ce film retrace l'aventure de Philippine Mignot, orthophoniste qui découvre le Human Beatbox en France et part alors à la découverte de cette univers à travers les beatboxeurs et beatboxeuses. On y découvre ensuite l'application d'une méthode pédagogique adapté au centre Delthil situés à Saint Denis.
Il ne s'agit pas de "soigner" avec la musique, mais d'utiliser les mécanismes du beatbox (proprioception, souffle, musculature orofaciale) pour débloquer des mécanismes de la parole, le tout dans un cadre bienveillant.
À 5 ans, Maïssa présente des troubles de l'élocution qui pourraient être source de frustration ou de repli. Pourtant, lors de nos séances filmées dans le documentaire, ce n'est pas ce que l'on voit. On découvre une enfant qui ne "subit" pas sa différence.
Grâce au beatbox, la répétition laborieuse des phonèmes devient un jeu de construction rythmique. Maïssa ne travaille pas son élocution, elle fait de la musique. Son enthousiasme et sa capacité à s'emparer de la pédagogie prouvent qu'en changeant le contexte (du cabinet médical à l'atelier artistique), on change le rapport à l'effort.
Mon travail s'appuie sur des échanges constants avec des professionnels de santé et des chercheurs.
Le beatbox active plusieurs leviers essentiels :
La Proprioception : Sentir physiquement où le son se forme dans la bouche.
La Gestion du Souffle : Apprendre à doser l'air est la base du beatbox comme de la parole.
La Ludification : En orthophonie, la répétition est clé. En beatbox, répéter une boucle, c'est créer un groove. La contrainte devient un plaisir.
🎙️ Podcast : J'ai eu l'honneur d'intervenir dans l'épisode 16 du podcast OrthosPower, où je détaille ma méthodologie et mes retours d'expérience. (Lien vers le podcast)
📄 Prochaine session de formation : Disponible sur www.slform.fr